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L'archipel des crises

Platon « complotiste »

6 Juillet 2023

Soros et son « Open Society »

Platon « complotiste »

 

 

Contemplant les ravages laissés par le Guerre du Péloponnèse qui avait opposé pendant plus de trente ans Sparte à Athènes, les sages de la Grèce concentrèrent leurs recherches sur l'origine de cette catastrophe.

 

Différentes approches convergèrent alors pour exprimer le même constat.

 

Thucydide dans sa Guerre du Péloponnèse, ayant passé vingt ans de sa vie à collecter les témoignages d'anciens belligérants, en arriva à la conclusion suivante : Athènes en étendant son empire sur la mer avait contraint Sparte à la guerre. Par ailleurs, Thucydide entamait une réflexion plus vaste sur les progrès accomplis par la Grèce depuis les âges barbares jusqu'à cette guerre. Alors que la vie barbare se caractérise, selon lui, par la nécessité permanente de migrer, de vivre de piraterie et de pillage, et d'être toujours en armes, la vie civilisée, elle, se caractérise par la paix, le développement et la sédentarisation.

 

Aristote ayant consacré une partie importante de sa vie à examiner l'ensemble des constitutions politiques de Grèce était arrivé à la même conclusion : la pire erreur d'Athènes fut d'écouter les démagogues et de chercher la maîtrise de la mer (thalassocratie)i. Ce constat historique était cohérent avec le cœur de sa doctrine politique : le but de la cité est de se suffire à soi-même (autarkeia), le barbare, l'ethnie se caractérisant par un territoire illimité.

 

Socrate commence sa réflexion sur la République en estimant primordial de lutter contre la rapacité et la démesure de certains citoyens qui chercheront à toujours étendre leur cité, d'une façon illimitée, jusqu'à provoquer d'inévitables guerres.ii

 

Pour en venir à Platon, celui-ci illustra cette idée par le mythe de l'Atlantide. Dans les livres du Timée et du Critias, il raconte l'histoire d'une cité, prospère et bien gouvernée, qui décida soudainement d'envahir ses voisins. L'Atlantide sera ravagée par la guerre, puis engloutie par les eaux, en punition des dieux.

 

Plus précisément, Platon accusait la nouvelle classe de marchands et d'armateurs du Pirée d'avoir, grâce à leurs portes-paroles démagogues entraîné le peuple dans ces catastrophes. A une société fondée sur l'appât du gain, le triomphe du commerce et de la conquête, il défendait une société régie par des lois, une solide instruction et une politique de paix.

 

 

Ce n'est certainement pas le moindre des mérites de Karl Popper dans la Société ouverte et ses ennemis (Platon, Hegel, Marx) publié en 1945 d'avoir totalement renversé cette perspective. Sous prétexte de défendre le mouvement d'expansion de l' « universalisme démocratique », il fit de Périclès le chantre de la société ouverte et de Platon le père de la « société fermée ».

 

Plus que Platon, c'était toute la philosophie gréco-romaine, centrée sur l'idéal de l'autarkeia – et ses héritiers - qui se trouvaient visés.

 

Le mouvement athénien qui s'opposa à la thalassocratie, « Retour à l'état paternel » fut selon Popper à l'origine du mot « patriote ». Le but plus profond de Popper est de « montrer l'inconséquence de la théorie de la souveraineté sous toutes ses formes »1 et de justifier « un certain type d'impérialisme ».

 

Le principe de souveraineté fut nié durant le Moyen-Âge, car le christiannisme était, selon Popper, « la nouvelle foi en une société ouverte », laquelle se matérialisa par exemple par la guerre sainte menée aussi bien par le monde chrétien que par le monde musulman. Mais sous l'impulsion des humanistes de la Renaissance, comme Jean Bodin ou Machiavel, l'idée de souveraineté fut réaffirmée. Ainsi naquit par exemple l'Etat moderne français en s'opposant aux prétentions de l'empire allemand, de l'empire du Pape, et de leurs relais locaux (ducs, comtes, évêques).

 

En 1946, Popper est nommé professeur à la London School of Economics sur proposition de Hayek, un des économistes fondateurs du néo-libéralisme. Le deuxième grand ennemi de la « société ouverte » étant Marx, il s'engagea jusqu'à la fin de sa vie contre les sociétés « totalitaires », c'est-à-dire non-capitalistes, et fit de nombreux disciples.

 

C'est dans ce même ouvrage que Popper crée le concept de « théorie du complot ». Il accuse les ennemis de la société ouverte, notamment les marxistes occupés à combattre la haute finance (big business) et les fauteurs de guerre impérialistes, de fonder leur analyse sur la théorie du complot (conspiracy theory).

 

Aujourd'hui le représentant le plus éminent de la « société ouverte » (open society) n'est autre que Georges Soros. Celui-ci se considère lui-même comme le disciple de Popper avec qui il eut une correspondance écrite. La société du philanthrope, « The Open Society foundation» a oeuvré pour les « sociétés ouvertes » en participant, entres autres, à la destruction des « sociétés fermées » qu'étaient les républiques socialistes soviétiques, au renversement du gouvernement serbe, au coup d'Etat en Ukraine, au financement des islamistes, notamment en France (Collectif Contre l'Islamophobie en France), et à la légalisation des drogues. Son volet européen (European Open Society) finance aussi des groupes visant à abolir les frontières et les nations grâce aux migrations comme les « No Boarder ».

 

Le monstre qu'est devenu cette défense de la « société ouverte », caractérisé par l'ingérence, le non-respect des souverainetés, les coups d'Etat et la guerre, aurait-t-il échappé à son maître ?

 

Le nazisme que prétendait combattre Popper dans la Société Ouverte publié en 1945 correspond-il lui-même réellement à une « société fermée » telle qu'elle est définie par Popper ? En effet, Hitler dans Mein Kampf estime que « la nature ne connaît pas de frontière politiques » et fait lui-même le choix du « l'expansion coloniale et commerciale », tout en avouant son admiration pour la thalassocratie anglaise, en s'opposant précisément au modèle « autarcique » du socialisme dans un seul pays.

 

La société ouverte de Popper fut avant tout orientée contre les Etats stables, notamment les pays à économies dirigées, trop « fermées » aux ambitions de la thalassocratie américaine. Toute pensée susceptible de résister à cette nouvelle Atlantide, à l'instar de celle de Platon ou de Marx, devait alors être dénoncée comme « théorie du complot ».


 

Et ce jusqu'aujourd'hui.

1POPPER, La société ouverte et ses ennemis, Seuil, Paris, 1962, p. 106.

iAristote, Constitution d'Athènes, XLI.

ii Platon, République, 373E

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