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L'archipel des crises

Préparatifs au voyage dans l'Archipel des crises

5 Juillet 2023 , Rédigé par Jacques Maillard, Valentin Martin

Préparatifs au voyage dans l'Archipel des crises
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En 1520, Magellan, à la tête d'une flotte de plusieurs navires, après une longue traversée transocéanique, se retrouvait égaré au milieu de l'archipel de la Terre de Feu, véritable dédale d'îlots, de fjords, et de haut-fonds, battu par les Quarantièmes rugissants, peuplé de tribus hostiles et jamais cartographié. Dans ce labyrinthe aux multiples impasses, il avançait à tâtons, au plomb de sonde, cartographiant méthodiquement chacun des îlots rencontrés, persuadé qu'il existait un passage qui lui permît de dépasser les Amériques et d'apercevoir un nouvel océan. Après avoir affronté les glaces, les mutineries, les pénuries, les attaques des populations autochtones, il réussit à ouvrir son fameux détroit, long de plus six cent kilomètres, encore aujourd'hui utilisé par les navires. Devant lui apparut alors un immense et nouvel Océan qu'il baptisa Pacifique en raison de son caractère paisible. Par son voyage, dont le franchissement de l'archipel fut le point tournant, cet inlassable travailleur faisait ainsi plusieurs découvertes essentielles: non seulement, il dessinait une carte d'un nouveau monde, mais en plus il confirmait la théorie de nombreux savants de l'Antiquité que la terre était bel et bien ronde, une de ces (re) découvertes qui firent basculer le monde dans l'ère moderne de la Renaissance.


 

Cinq siècles plus tard, en 2022, pris entre de multiples crises, nous avons l'impression de nous trouver dans une situation analogue. Notre époque navigue à vue entre d'innombrables dangers, dont la cartographie, confuse et incertaine, rend toute navigation hasardeuse et problématique. Entre inflation, réchauffement climatique, Covid-19, mouvements sociaux, guerre en Ukraine, et bien d'autres écueils, notre monde semble aujourd'hui pris dans un véritable archipel de crises.


 

Dans cette grande confusion, afin d'y voir plus clair, il nous a semblé opportun de faire preuve d'esprit cartésien en décomposant le problème en éléments simplesi, c'est-à-dire à explorer un à un les îlots de l'archipel et les passages possibles. La crise que nous traversons n'est pas une, elle est multiple. Peut-être en apercevant de façon claire et distincte les divers récifs qui jonchent notre route, réussirons-nous aussi à tracer une route sûre et confortable qui nous emmène vers un nouvel horizon.


 


 

Un premier récif : la Crise économique


 

Pour comprendre cet îlot caractérisé par l'explosion des inégalités, la poussée du chômage et l'inflation, il faut remonter un peu dans son histoire.


 

Au lendemain des deux Guerres Mondiales, les Etats-Unis développèrent une hégémonie incontestable sur le monde occidental , sur les plans militaire, économique, financier et culturel. De Gaulle raconte dans ses « Mémoires » comment il dut s'opposer aux prétentions de Roosevelt sur son projet de « nouvel ordre mondial ». Il en résulta une perte de puissance pour les pays d'Europe, qui accéléra le processus de décolonisation, et l'accession à l'indépendance et à la citoyenneté d'une immense partie de l'humanité.


 

A l'Est, l'URSS développa une hégémonie sur l'autre partie du globe. La France de Gaulle, issue du CNR, sut alors profiter de cette bipolarisation pour tracer une voie indépendante et prospère qui lui assura, malgré ou grâce à la perte de ses colonies, un statut de grande puissance, à la fois économique, militaire et culturelle.


 

L'affaiblissement puis la chute de l'URSS ainsi que la progression de l'idéologie néo-libérale dans les sphères dirigeantes occidentales a engendré une révolution silencieuse à partir des années 80, celle de la mondialisation marchande et financièreii. Cette révolution, matérialisée par la création de l'OMC à la Conférence de Marrakech en 1993 ainsi que la constitution de grands espaces de libre-échange sur toute la planète, et dont l'UE fut le parangon, fit de la libre-circulation des marchandises et des capitaux un objectif. La spécialisation des économies et la course aux exportations devinrent le modèle principal des différents Etats. iii


 

Parallèlement, tout en imposant le dollar comme étalon monétaire, les Etats-Unis, via le FMI, imposèrent la dérégulation des marchés financiers en détricotant le cadre de Bretton Woods. Cela entraîna la fin de la régulation des cours, des flux de capitaux, et des taux de change.


 

Sur le plan politique, la mise en place d'ensembles supranationaux à nature plus technocratique que démocratique, tel l'UE au « despotisme doux » de Jacques Delors, plus propices à la mise en place des réformes structurelles, prirent le pas sur les anciens modèles démocratiques.


 

Les conséquences de cette mondialisation furent diverses. Pour les pays d'Europe occidentale, les économies s'ouvrirent brutalement au commerce internationaliv. La pression concurrentielle exercée par les pays à bas coût des nouveaux entrants dans l'UE ainsi que des pays en voie de développement exerça un mouvement de dépréciation salariale très fort sur les salaires en France.v L'étude des coûts salariaux unitaires montrent que notre productivité ne compense pas du tout cet écart, et qu'une plus grande sophistication technique et une montée en gamme ne suffiront pas à rendre les travailleurs ouest-européens compétitifs. Entre la minorité qui profita de cette ouverture, et la majorité qui en pâtit, cela entraîna dans nos sociétés une explosion des inégalités.vi Les délocalisations eurent pour effet direct et indirect un accroissement du chômage d'environ 150%, lequel constitua un terreau favorable à l'émergence d'émeutes urbaines et d'autres phénomènes sociaux comme la délinquance et le trafic de stupéfiants.


 

Parallèlement à la mondialisation, un mouvement général vers la déréglementation de l'économie et la privatisation de toutes les entreprises publiques et de la plupart des services publics ont permis à des milliardaires de prendre le contrôle des pays : en France l’État qui contrôlait en 1980 40 % de l'économie de marché selon l'INSEE n'en contrôle plus que quelques pour cents. Inversement toutes les bourses occidentales sont contrôlées par quelques groupes d'investissement internationaux (Blackrock, KKR, Vanguard...) et la fortune des dix plus riches en France a été multiplié par trente en trente ans.


 

La financiarisation de l'économie permit le développement des filières spéculatives. En 2012, selon J. Sapir, le profit tiré de la spéculation représentait environ 50% du PIB de l'économie américaine. Au lieu d'être réinvesti dans l'économie directe, ce profit enrichit une minorité au détriment de la majorité. Les banques acquirent des pouvoirs extraordinaires tels que la création monétaire en UE, accroissant toujours la dette des Etats et les contraignant à des politiques de privatisations et d'austérité. La privatisation des services publics entraîna une augmentation du coût de la vie pour de nombreux ménages.vii

 

Cette mondialisation bénéficia principalement aux multinationales américaines, mais également à la Chine, qui sut mettre en oeuvre des politiques de développement nationales en accompagnement de l'ouverture. Aujourd’hui, les réserves de change chinoises sont quatre fois supérieures à celle de l'UE. Et les Etats-Unis et l'UE sont les économies les plus endettées, respectivement à hauteur de 19 000 milliards et 13 000 milliards d'euros. Au sein de l'UE, cette spécialisation des économies et cette ouverture au commerce international se sont faites au profit de l'Allemagne.viii


 

Dans le récif de la Crise économique, nous distinguons trois îlots majeurs :

  • L'îlot occidental « Business as usual » : restant dans le système de la mondialisation financière et commerciale aujourd'hui à l'agonie, notre pays accompagnerait l'effondrement des Etats-Unis et de l'UE.

  • L'îlot de la Décroissance, présenté par certains comme la nouvelle terre paradisiaque.

  • L'îlot de la Renaissance : soit une reprise en main de notre destin économique et politique, l'époque se prêtant au retour de l'Etat sur la scène internationale, et à la « déglobalisation » (déjà pressentie avant la crise du Covid par des banques d'affaires). Il serait alors possible de viser au progrès économique et social, à partir d'une politique de plein-emploi et de réindustrialisation, liée à la récupération de la souveraineté démocratique.


 


 

Un deuxième récif : la Crise climatique


 

Dès les années 1980 de nombreux scientifiques avaient alarmé les décideurs politiques et économiques de la question du réchauffement climatique du à l'émission de gaz à effet de serre, CO2 et méthane essentiellement. En février 1990 un colloque regroupant quarante-sept prix Nobel et des centaines d'académiciens alertaient les autorités des USA. En Europe, le climatologue André Berger alertait par son livre « Le Climat de la terre » en 1991. Mais ce n'est qu'après l'an 2000 qu'une propagande effrénée, orientée d'ailleurs vers certaines solutions, reprit la question.


 

Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat , le GIEC, rattaché à l'ONU, a publié en 2018 « à l'attention des décideurs mondiaux » un rapport particulièrement alarmant. Dans son « Rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels », le GIEC estime qu'il faut impérativement limiter la montée de la température à 1,5° entre 2030 et 2050. Si celle-ci dépassait les 2°, les conséquences sur les écosystèmes et la santé humaine seraient catastrophiques. Pour ce faire, il faut des « transitions rapides et radicales dans les domaines de l’énergie, de l’aménagement des terres, de l’urbanisme, des infrastructures (y compris transports et bâtiments) et des systèmes industriels ».


 

Le GIEC propose quatre scénarios de sortie de crise climatiqueix. Le seul scénario jugé « réaliste » du GIEC est le premier scénario, le « scénario P1 », qui ne fait pas appel aux technologies à émissions négatives : c'est le scénario LED (Faible demande d'énergie, « low demand energy »). Il s'agit d'une réduction drastique de la production de biens matériels et alimentaires, et de la consommation. Dans ce scénario, la consommation mondiale d'énergie sera réduite de 40% en 2050. Ce scénario a un autre nom : celui de décroissance.

Le rapport du GIEC semble pris très au sérieux par les gouvernements occidentaux. Ainsi le gouvernement français en 2018 reprend-il ses conclusions mot pour mot https://www.gouvernement.fr/le-rapport-du-giec-demontre-scientifiquement-l-urgence-d-agir-pour-le-climat .


 

Et on peut se demander si la décroissance n'est pas la nouvelle stratégie des EU, de l'UE et de ses satellitesx. Les conclusions du rapport Meadows « Les limites de la Croissance » (1973) du toujours très actif Club de Rome, régulièrement invité au Forum Mondial et ailleurs, sont très connues : si nous poursuivons sur ce modèle de croissance, l'humanité va s'effondrer autour de 2030 (déclin démographique, chute de la production, famine). On peut se demander comment cet avertissement est interprété par nos différentes élites. En effet, selon notre culture, nos principes philosophiques et notre idéologie, on peut percevoir la perspective de cet effondrement de différentes manières :

  • comme un délire (approche sceptique).

  • Comme une catastrophe qu'il faut éviter à tout prix (approche humaniste)

  • Comme un fait désormais inéluctable avec lequel il faut composer (approche fataliste)

  • Comme un objectif à atteindre (approche de l'écologie profonde)


 


 

La décroissance avec sa réduction drastique de consommation ne risque-t-elle pas d’entraîner une partie considérable de l'humanité, du Sud et du Nord, dans la pauvreté, terme dont l'euphémisme le plus adapté serait la « sobriété » ? Plus lourdes de questions sont encore les interprétations malthusiennes de la démographie terrestre, car comment comprendre les appels à la réduction de la population partagés au plus haut niveau? Restera-t-on dans le cadre classique d'une politique de contrôle démographique de long terme (contraception, éducation...) ? Des techniques plus brutales, que certains évoquent par le terme de « dépopulation », ne risquent-elles pas d'être mises en œuvre, comme cela a déjà été fait dans l'histoire ?


 

Un troisième récif : la Crise sanitaire


 

En deux ans, le Covid-19 a fait selon l'OMS quinze millions de morts. En 2020, la crise a entraîné la plus grande récession depuis la Grande Dépression de 1928. L'Europe a affronté la pire récession de son histoire (-7,2% prévu en 2020). 2,6 milliard d'individus ont du être confinés chez eux pendant plusieurs semaines, la liberté de circulation étant conditionnée à la délivrance de laisser-passer, ce qui en France n'avait pas eu lieu depuis l'Occupation.


 

La plus grande partie des populations de l'OCDE a été contrainte pour travailler, se déplacer, se soigner, à accepter des traitements préventifs expérimentaux, nommés « vaccins », construit sur la base d'une manipulation génétique et produits, testés, vendus, diffusés, dans la plus grande opacité.


 

La crise a entraîné la faillite de nombreuses industries, automobile, textile, tourisme, commerce, bancaire. Elle a provoqué un krach boursier et précipité des dizaines de millions de personnes dans la pauvreté. Pour la première fois depuis trente ans, selon un rapport du PNUD, l'Index de Développement Humain mondial (IDH) va diminuer. C'est, en somme, selon la Banque Mondiale, « la pire crise que traverse notre monde depuis la Deuxième Guerre Mondiale ».


 

Mais font remarquer certains, en 2020, cette crise aura aussi permis de diminuer la pollution au CO2 de 25%, et au dioxyde d'azote de 48%, en Chine et en Europe, ainsi qu'une diminution de la pollution sonore, et une amélioration de la qualité de l'eau. Elle aura également permis un enrichissement considérable des entreprises du numérique, GAFAM (https://www.rtl.fr/actu/futur/coronavirus-les-gafam-grands-gagnants-de-la-crise-sanitaire-7800478810), qui représentent aujourd’hui les plus gros chiffres d'affaire au monde, devant les majors pétrolières par exemple.


 

Il faut noter que, pour soudaine que fut cette crise pour la population, celle-ci avait été anticipée par les services des principales puissances occidentales (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne...), et par les organismes internationaux (ONU, OMS) qui ont simulé des exercices contre le coronavirus avant la pandémie. (https://www.mediapart.fr/journal/international/010620/coronavirus-c-etait-ecrit).


 

Un quatrième récif : la Crise sociale


 

La mondialisation de l'économie, dans la forme préconisée et appliquée par les dirigeants occidentaux, a provoqué en notre pays une destruction massive des emplois industriels et artisanaux, spécialisant notre économie vers des services (tourisme, banques notamment) détruisant des connaissances et des savoirs-faire, provoquant pour une très grande partie de la population une baisse massive du niveau de vie, une détérioration de son environnement, de son bien-être social et de sa santé. Les services publics sont détruits, privatisés. La précarité se répand, la concurrence imposée partout par textes européens détruit les liens sociaux et les cohérences locales. Les textes de l'UE sur l'énergie imposent la destruction des paysages par les panneaux solaires et les éoliennes, ainsi qu'une flambée des prix de l'électricité et de l'énergie en général. Cette politique de l'énergie fut l'étincelle qui mit le feu à la France dans le mouvement des Gilets jaunes. L'instabilité se manifeste aussi par les grèves contre les « réformes » imposées par Bruxelles, sur les retraites, la destruction de l'industrie et des services publics du pays.

 

La crise se manifeste aussi par des résultats électoraux où, la classe dirigeante ayant refusé le verdict des urnes du référendum de 2005 sur la constitution européenne, la population exprime sa révolte ou son refus. La réponse du pouvoir par la force (LBD, blindés, prison, amendes), accompagnée de « communication » et de corruption (postes, contrats, missions, subventions…) suffira-t-elle toujours ?

 

Cette crise sociale se manifeste aussi par la crise des « quartiers sensibles ». Le gouvernement et la classe dirigeante utilisent l'immigration comme moyen de pression sur les revendications des travailleurs, en les divisant, en exploitant des personnes qui, vu la catastrophe vécue dans leurs pays d'origine, sont prêts à accepter beaucoup de choses en France. L'immigration - émigration dans les pays de départ - est aussi une soupape de sûreté pour des régimes corrompus ou des pays en guerre, évitant ainsi dans ces pays l'installation d'Etats réellement au service de leurs peuples, dont la politique ne se contenterait pas, éventuellement, de répéter un mantra « anti-impérialiste » vide de contenu réel.

Sur le plan culturel enfin, même si Emmanuel Macron qui considère qu' « il n'y a pas une culture française » ne semble pas s'en inquiéter, la mondialisation marchande et financière menace bel et bien la culture de notre peuple, incarnée dans son mode de vie, sa langue, son patrimoine, ses arts et son histoire.


 

Un cinquième récif : la Crise géopolitique


 

En février 2022 la crise géopolitique a pris un tournant majeur : la guerre chaude entre la Russie et l'OTAN par « proxy » ukrainien. Selon une formule bien connue, le capitalisme porte la guerre, comme la nuée l'oragexi. Lors de la  Guerre Froide, le monde capitaliste se sentait menacé d'un point de vue politique, mais la puissance économique de l' Occident » était si supérieure à celle des pays socialistes (Comecon, Chine, Vietnam…) que, fondamentalement, l'Occident n'était pas menacé.


 

Aujourd'hui la différence se creuse entre un Orient qui franchit tous les degrés de la puissance et de la richesse, et un Occident que les premiers jugent décadent, en raison des crises matérielle, économique (la bulle des dettes), intellectuelle (chute drastique du niveau scolaire et académique). Cette différence s'accompagne des revendications des pays autrefois colonisés. Si la Chine construit des centaines de milliers de voies ferrées, dont des dizaines de milliers à très grande vitesse, des dizaines de centrales nucléaires, les USA et l'UE, par leur politique de destruction des états producteurs (« néo-libéralisme ») sont incapables de répondre aux défis d'aujourd'hui, en proposant au contraire la « décroissance ». La guerre serait-elle la grande tentation, pour résoudre à la fois le défi climatique (en stoppant la consommation des classes moyennes, et donc l'émission de CO2), les tensions intérieurs (par la loi martiale, déjà instaurée de facto au travers de l'urgence sanitaire), et les tensions entre « alliés » de l'OCDE ?


 

Ecueils, évaluations des risques, routes possibles


 

La situation actuelle est donc remplie de périls, mais elle présente une occasion de reprendre les questions posées, pratiquement et théoriquement, pour examiner les voies possibles, et éventuellement de proposer des choix, en tenant compte des caractéristiques, des traditions, intérêts de notre pays. C'est le travail que nous avons accompli, à partir des réflexions que nous avons menées depuis une dizaine d'années sur l'actualité. Sur cette mer de grande confusion « post-moderne », « post-matériel » et « post-croissance », il nous a semblé important de mettre nos modestes connaissances, tirées de nos études et de nos professions, à la fois scientifiques, techniques, et littéraires, au service de la compréhension de ce monde en train de basculer sous nos yeux. Depuis plus de dix ans nous avons en effet tenté de décrire et d'alerter sur les phénomènes qui nous semblaient avant-coureurs d'une crise plus grande.


 

Dans ce délicat problème de navigation, il nous semble aujourd'hui se dégager deux routes possibles pour le navire France :

1) la route tracée par les mondialistes, qu'ils s'affichent du centre, de droite ou de gauche voire d'extrême-gauche, et qui risque de nous conduire au naufrage, éventuellement à la récupération de l'équipage et des richesses par d'autres flottes. On peut même soupçonner chez les artisans de cette route une volonté de sabordage, reposant sur la négation de la civilisation et de la souveraineté françaises, venant directement de nos dirigeants, comme Emmanuel Macron. Mais c'est aussi malheureusement le discours tenu par certains intellectuels et politiques de « l'opposition », qui proclament que « la France est finie »xii. Entraînée vers le naufrage par ses dirigeants, et dans le silence complice d'une certaine opposition, la France deviendrait un des multiples gouvernorats, dominions de l'OCDE, à moins qu'elle ne devienne un oblast ou une province d'un autre empire.


 

2) la route du Grand Large : surmontant les périls liés aux écueils, tempêtes et diverses flibusteries, comme notre pays a su le faire à maintes reprises au cours de son histoire tumultueuse, nous réussirions à reprendre la route du large, celle de la liberté, de la paix et de la prospérité. La sauvegarde du Pays des Lumières va au-delà de la défense des intérêts d'un peuple. Elle engage aussi une philosophie et une conception de l'humanité. Comme l'écrivait De Gaulle dans les Mémoires de Guerre, au sujet du salut de la France : « A mes yeux il est clair que l'enjeu du conflit c'est non seulement le sort des nations et des Etats, mais aussi la condition humaine. »xiii


 

Cette nouvelle route correspond en effet aux aspirations profondes de nombreux autres peuples de la planète. Elle s'inscrirait donc sur la carte d'un d'un nouveau monde multipolaire en construction.


 


 


 

Remerciements :


 

La plupart des textes qui composent cet ouvrage ont été publiés sur le site du Comité Valmy de 2010 à 2021. Que son président Claude Beaulieu ainsi que tous ses membres et amis, sans qui ce travail de longue haleine n'aurait été possible, en soient ici chaleureusement remerciés.

i

« diviser chacune des difficultés que j'examinerais  en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour mieux les résoudre. » (Discours de la Méthode, Descartes)

ii Voir Jacques Sapir, La Démondialisation.

iiiLa marchandisation s'étendit à des sphères jusqu'alors en dehors du marché : les services publics (General Agreement on Trade in Service, GATS), et la propriété intellectuelle (Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights, TRIPS). L'OMC s'immisça dans la politique monétaire des pays par les accords du GATT (Trade Related Investment Measures, 1994).

ivLe poids du commerce international – exportations+ importations/PIB – explosa de 36% en 1989 et 63% de 1990 à 2008 pour la France. (Sapir, 2012)

vLes salaires moyens horaires en euros en 2008 en Lettonie et en Belgique sont respectivement de 1,5 euro et de 17,1 euros. Dans le cas de l’Inde le coût horaire moyen doit s’établir à 1,6 % de ce qu’il est dans les pays de l’ancienne Union européenne des quinze. (Sapir, 2012)

vi A partir des années 80, la part du 1% des plus riches dans le PIB, en diminution constante depuis les années 30, explosa. Le salaire médian décrocha par rapport au salaire moyen. Des coefficients de mesure de la répartition de la richesse suivirent cette même tendance.

viiDe 2000 à 2007 aux Etats-Unis, le coût des assurances de santé a augmenté de + 68 % ainsi que celui des frais d’éducation (+ 46 %), d'où un endettement énorme des ménages, et la crise de 2008.

viiiCelle-ci est le seul pays dont le balance commerciale est bénéficiaire, et réalise 70% de son commerce au sein de l'UE, commerce qui lui est favorable grâce à un euro fort. L'Allemagne profite de cette situation dominante mais refuse d'en assumer les coûts, par exemple en réalisant une union bancaire et financière, par le biais de transferts budgétaires, qui aurait permis à l'Europe de se constituer en puissance rivalisant avec les Etats-Unis, qui était la vocation initiale de l'Europe. Ce projet apparaît chaque année comme plus irréalisable.

ixLes trois derniers scénarios sont centrés sur l'utilisation de technologies à émission négative (Negative Emission Technologies NET). La captation du CO2 peut se faire soit par un développement intensif de la biosphère (Bio-energy avec capture et stockage du carbone, BECSC), soit par la captation à la source du CO2, et le stockage (CSC, captage et stockage du carbone). C'est sur ces technologies que sont basés les trois derniers scénarios.

Néanmoins ces technologies n'emportent pas la conviction des décideurs et des scientifiques, qui considèrent que leurs succès est très improbable. Dans le rapport de l'EASAC (European Academies Science Advisory Council), les scientifiques décrivent le potentiel de ces technologies à atteindre les objectifs du GIEC comme « peu réaliste ».

xhttps://www.opendemocracy.net/en/oureconomy/why-degrowth-only-responsible-way-forward/.

Le Conseil Economique et Social Européen qui regroupe les partenaires sociaux du monde de l'économie européenne multiplie les conférences « Degrowth » sur la décroissance, par exemple à Malmö, le 21 août 2018. En juin 2020, la Commission européenne qui propose un plan de relance de 750 milliards d'euros pour sortir de la crise conditionne l'octroi de ces prêts à l'adhésion des Etats au « Pacte Vert européen» (Green Deal).

 

La directrice de la BCE Christine Lagarde , ex directrice du FMI, considère la crise sanitaire comme une opportunité : « cette crise sera une accélération de transformations qui étaient déjà latentes dans nos économies. » puisqu'elle permettra d'accélérer la transition vers un nouveau paradigme, celui de la transition énergétique et du développement durable. Cette démarche est également appuyée par la Papauté (https://www.vaticannews.va/fr/monde/news/2018-10/la-decroissance-giec-environnement-climat-rapport.html ).

 

xi« Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l'état d'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l'orage. » (Jean Jaurès, 7 mars 1895)

xiiPar exemple : «  C'est ma conviction que la

France, c'est fini. Je sens ce pays qui est le mien et

que j'aime au bout de son cycle d'existence

historique. J'en ai moi-même la nostalgie, je suis pris

dans ce devenir négatif. Je suis un vieux patriote

français, mais je pense que c'est fini et c'est aussi

pour ça que je cherche une formule qui sauverait

quelque chose. Je la cherche du côté d'une fusion

franco-allemande. » (Alain Badiou, L'explication)

xiii Charles De Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1

« L'Appel » 1940-1942, Plon Pocket, 1956,

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